13 août 2011

LE CORSE ET LE PARISIEN (19)

Quand tout fut fini, Marc reprit ses affaires et parti. Sam le regarda faire sans rien dire et lorsque le jeune corse se retourna une dernière fois, il ferma les yeux.

A partir de cette nuit, Marc et Sam s’évitèrent scrupuleusement, et on ne vit plus Sam s’afficher avec d’autres hommes. Les deux semaines suivantes s’écoulèrent très rapidement et il fut temps pour Claire de rentrer en Corse. La veille au soir, Marc jugea bon de faire une mise au point.

-          Bon Claire, je pense que tu t’en doutes mais on va pas continuer comme ça.

-          Qu’est-ce que tu veux dire ?

-          Fais pas l’autruche comme ça, ça n’aide pas. Tu vas rentrer en Corse, on ne se verra plus avant longtemps et on peut pas dire que de se remettre en couple était une idée merveilleuse.

-          Tu me quittes ?

-          Oui.

 

Elle voulut se défendre, crier, râler, pleurer mais elle n’y parvint pas. Alors elle se contenta de quitter la pièce elle fit ses affaires et parti. Marc se dit qu’il aurait probablement du l’empêcher de partir, surtout à cette heure-ci, ils auraient du en discuter, mais il savait que Claire était très obstinée et qu’il était presque impossible de lui parler quand elle était en colère. Plus tard dans la soirée, il téléphona à Marie et fut rassuré de savoir que Claire s’était réfugiée chez elle, et qu’elle l’accompagnerait à l’aéroport. Il s’excusa auprès de son amie pour le dérangement et sortit de chez lui pour une ballade nocturne.

Il pensa à sa relation avec Claire, et remarqua qu’à Paris, il ne l’avait jamais vu, regardé, ni même écouté comme il avait pu le faire alors qu’ils étaient encore ensemble en Corse. A Paris, il ne l’avait perçu que comme une fille fluette, bavarde, presque dénuée d’intérêt, alors qu’il savait pertinemment que c’était quelqu’un de très intelligent. Il culpabilisa un peu de penser de la sorte, mais rapidement l’image de Sam s’imposa à lui. Quelle relation aurait pu, d’une manière ou d’une autre, lui faire oublier ce qu’il ressentait encore pour Sam ? Aucune. Et Claire peut-être encore moins qu’une autre. Il passa devant le café où il avait croisé Sam quelques jours auparavant. Il regarda par la fenêtre mais ne l’y vit pas alors il passa son chemin.

A quelques rues de là, il se retrouva face à un bar duquel  il pouvait entendre de la musique. Et bizarrement c’était comme s’il se retrouvait face à un tableau, ou plutôt à un film. Un peu comme s’il était projectionniste et qu’il déroulait une bobine en lui infligeant sa propre volonté. Il en était maître et pouvait décider de la couper, de l’arrêter, de sauter des passages ou même de la brûler. Il n’avait jamais ressenti ce genre de sensation, c’était réellement comme si une vitre avait été placé entre lui et la petite porte de ce bar underground. Il avait la sensation qu’il était un inconnu aux yeux de la scène qui se déroulait devant lui, et qu’elle le repoussait pour mieux l’attirer. Une sorte de subtil jeu de séduction s’était installé entre lui et le charme de ce bar dont il ne percevait que ce que sa fine porte laissait échapper.  Il voyait les deux trois fumeurs qui discutaient à côté de l’entrée, il sentait l’air chaud et voyaient cette lueur un peu envoûtante qui s’en dégageaient, promesses d’un instant hors du temps et de l’espace. Il s’avança alors, dépassa les fumeurs et pénétra dans le bar. Des escaliers étroits en colimaçon, puis une vaste cave au plafond bas. L’atmosphère y était étouffante, mais d’une certaine manière rassurante. Etre dans un endroit confiné, clos, sans réelle ouverture sur l’extérieure le faisait se sentir en sécurité. Il s’installa à une petite table basse dans un coin et se laissa sombrer dans son fauteuil. Un groupe de blues jouait à l’autre bout de la salle. Ils avaient un son très particulier, c’était doux, lent, langoureux. Le son emplissait toute la pièce, c’était comme s’il lui donnait de nouveaux contours, la travaillant pour la rendre plus ronde, plus lisse, plus accueillante. Et toutes les personnes présentes se retrouvaient comme dans un cocon, à l’abri des chocs extérieurs. Marc s’y sentait terriblement, il aurait pu rester là sans bouger pendant des heures. Il lui semblait qu’il flottait, puis une sensation moins agréable l’envahit, et ce fut comme s’il était coincé entre deux eaux, et alors il eut la réelle impression d’étouffer, ce fut comme lorsque l’on se réveille en sursaut d’un rêve avec la sensation de tomber. Soudain, il entendait le bruit confus des conversations des gens l’entourant, il sentait l’odeur d’enfermé qui régnait dans la salle, tout perdit sa magie pour prendre une dimension bien plus réelle. Il s’apercevait pour la première fois qu’il était entré dans ce bar du cadre dans lequel il se trouvait vraiment. Il voyait les fils des instruments de musiques, distinguais les mouvements de la bouche du chanteur, tout était devenu si concret qu’il se sentit bien plus fatigué qu’il ne l’était auparavant. Et finalement il se rendit compte qu’on l’appelait. Quelqu’un dans ce lieu inconnu l’appelait par son prénom. Il leva alors la tête en direction de la provenance de cet appel et ne prononça qu’un mot : « Sam ? ».

Posté par kiriachan à 14:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur LE CORSE ET LE PARISIEN (19)

Nouveau commentaire